6e biennale PEC

PROVOQUER LES ÉTUDES DU CURRICULUM

22-23 février, 2013

L’université D’Ottawa, Faculté D’éducation

Commanditaires du Congrès

Association canadienne pour l’étude du curriculum (http://www.csse-scee.ca/acec/)

Société canadienne pour l’étude de l’éducation (http://www.csse-scee.ca/scee/)

Université d’Ottawa, Faculté d’éducation (http://www.education.uottawa.ca/)


FORUM SPÉCIAL POUR LES ÉTUDIANTS DU B.Éd. ET DES CYCLES SUPÉRIEURS

22 février, 2013 de 13 h à 14 h 15

LMX 122

OUVERT À TOUS LES ÉTUDIANTS DU B.Éd. ET DES CYCLES SUPÉRIEURS

On ne laisse penser aucun enfant*: défendre les écoles de la guerre contre les enseignants et les étudiants

Joel Westheimer

Université d’Ottawa

Dans les salles de classe et les écoles de toute l’Amérique du Nord, les enseignants sont attaqués et la bonne réputation dont ils jouissaient d’antan est menacée par les médias, les politiciens et les conseils scolaires. Au même moment, une obsession néolibérale pour des mesures de standardisation, de contrôle et d’imputabilité menace de détruire tout travail d’éducation significatif à tous les niveaux. Cet exposé décrit comment ce phénomène s’est produit et comment nous pouvons y réagir.

Joel Westheimer dirige la Chaire de recherche en Démocratie et Éducation, à l’Université d’Ottawa (Canada) et est le chroniqueur en éducation pour l’émission de radio Ottawa Morning Show du réseau CBC. Il est le cofondateur et directeur-général de Democratic Dialogue, un collectif de recherche qui se consacre à l’exploration critique des idéaux démocratiques en éducation et dans la société. Il est aussi l’auteur d’un ouvrage qui a été unanimement bien accueilli : Among Schoolteachers: Community, Autonomy and Ideology in Teachers’ Work. Il travaille actuellement sur son troisième livre Restoring the Public in Public Education. Il écrit régulièrement des articles dans les journaux, magazines et revues spécialisées et rejoint un large public lors d’émissions comme : Good Morning America, More to Life, The Agenda, NBC TV News, C-Span, NPR, et CBC.

* « No child left thinking »: le titre en anglais est un calque ironique du nom du programme américain «No child left behind». (NDT)

Notre problème vient de notre mode de pensée

William Doll Jr.

Université de Colombie-Britannique

En tant qu’éducateurs/enseignants, nous sommes des planificateurs, des penseurs avec une intention. Les professeurs planifient, dans les syllabus de cours à l’intention de leurs étudiants, leurs étudiants planifient, dans leurs propres plans de leçon pour leurs élèves, qui à leur tour suivent les plans que d’autres ont élaboré pour eux. Dans cette grande entreprise de planification, est-ce que notre pensée intentionnelle dépasse les bornes? Sommes-nous en train de limiter les capacités de réfléchir de nos étudiants? D’atténuer l’esprit d’une bonne éducation? De détruire le caractère sacré de la Nature qui nous nourrit ? Il y a deux philosophes qui ont des vues bien arrêtées sur ce sujet : Gregory Bateson (1904-1980) et Michel Serres (1930). Bateson s’inquiète du fait qu’en pensant en mode intentionnel, «de planification» nous ayons acquis une arrogance, en nous plaçant au centre de tout ce qui importe, qui nous éloigne de la Nature et de ses manières systémiques. En tripatouillant avec «Mère Nature»- aux plans atmosphérique, écologique, génétique et social- nous avons effectivement «dépassé les limites» et dans notre fol orgueil avons semé les graines de notre propre perte. Serres dit qu’avec notre progrès technologique nous sommes devenus les «maîtres de la Terre» et cette maîtrise résulte en «un monde quasi universellement malheureux» où abondent les guerres, la violence et les désastres écologiques. Cela constitue notre héritage pour les générations futures, «les fondements de notre contribution». À l’unisson, Bateson et Serres croient que nous devons, en tant que pédagogues, développer une nouvelle éthique où nous encouragerons nos étudiants à questionner la réalité, où nous approcherons notre tâche sans l’arrogance du bon droit mais avec l’humilité du doute. Nous devons élaborer nos syllabus et plans de cours avec nos étudiants et non à leur place. Mais surtout nous devons rétablir en nous un mode de pensée relationnel et écologique.

William Doll, qui est présentement professeur invité à l’Université de Colombie-Britannique est un professeur émérite de Curriculum à l’Université d’État de la Louisiane et professeur auxiliaire à la Faculté d’Éducation de l’Université de Victoria. Ses livres sont : A Post-Modern Perspective on Curriculum, Curriculum Visions (coédité avec Noel Gough) et Chaos, Complexity, Curriculum and Culture (coédité avec Jayne Fleener, Donna Trueit et John St.Julien). Il est présentement rédacteur en chef adjoint de Complicity, une revue en ligne qui publie des articles sur l’intersection entre la théorie de la complexité et l’éducation.

Agency

KeriLynn Cheechoo
Université Lakehead

Agency, le recueil de poèmes lyriques, qui relate ma vie en tant que femme autochtone, est centré sur des thèmes entremêlés de silence, de parole, de maternité et de racisme inscrits dans un cadre autobiographique. J’ai écrit des articles scientifiques sur les perspectives féministes et les représentations de femmes de la classe ouvrière et de mères, produisant un discours sur la division de classe et de genre. Agency est le titre d’un poème qui relate mon trajet de l’oppression à l’émancipation.

Keri Cheechoo est présentement inscrite à la maîtrise ès arts anglais avec une spécialité en études féministes à l’Université de Lakehead. En 2008, elle a gagné le Prix Munro de Poésie, un honneur qui lui fait encore chaud au cœur. Elle a également publié de la poésie lyrique dans The Artery en 2009 et 2012. En août 2011, elle a reçu un diplôme de deuxième cycle en écriture de la prestigieuse «School for Writers» de Humber College, étudiant la poésie lyrique auprès de l’auteure réputée Karen Connelly. En 2012, elle a été nominée et choisie comme modèle à émuler pour le Programme d’amélioration des étudiant(e)s autochtones aux cycles supérieurs Nanabijou de l’Université Lakehead. Son rôle comme modèle est de fournir de l’information et de la motivation aux étudiant(e)s qui pourraient souhaiter poursuivre des études supérieures, de maîtrise et doctorat. En mai 2012, elle a été mise en nomination pour un prix par la «Northern Ontario Aboriginal Youth and Recognition Awards» et a reçu un certificat pour son excellence scolaire dans la catégorie de l’Éducation.

6e BIENNALE : PROVOQUER LES ÉTUDES DU CURRICULUM

DISCOURS D’OUVERTURE DES CONFÉRENCIERS INVITÉS

22 février, 2013 de 17 h 30 à 19 h 15

122 LMX, Faculté d’éducation, Université d’Ottawa

Des copies à la création : l’appréhension en éducation

Lisa Farley, Professeure agrégée

Université York

Dans cet article, je puise dans les travaux des psychanalystes Donald Meltzer et D.W. Winnicott pour produire une théorie de l’éducation en tant que problème d’appréhension. Là où, dans le discours sur l’éducation, la compréhension est habituellement située dans un cadre en rapport avec des processus conscients, l’appréhension—qui renvoie aux notions d’anxiété et de criminalité—introduit au sein de l’institution d’enseignement un récit impliquant d’être pris, interpelé ou arrêté par quelque chose qui dépasse la sphère du soi. Je délimite cette discussion au moyen d’un souvenir personnel, qui illustre ma propre expérience angoissée de l’appréhension précédant la connaissance mais aussi les effets radicalement incertains de cette rencontre. Quand j’avais huit ans, j’avais présenté à mon institutrice un poème que j’avais recopié, mot pour mot, à la fois parce que j’étais tombée en amour avec sa cadence rimée et parce que mon père m’en faisait la lecture tous les soirs avant que je me couche. Pour l’éducation, ce qui est en jeu est un problème «d’apprentissage sous influence», surtout si l’on admet comme le fit Anna Freud (et Platon, beaucoup plus tôt) que la séduction du pédagogue, comme du poète, est tout aussi puissante que le contenu de ce qui est dit. Ce qui demeure est un défi pour l’enseignant : débusquer dans les gestes d’imitation des formes naissantes de désir qui, en autant qu’on puisse les canaliser, mettent la table pour des gestes innovateurs et créatifs de représentation.

Lisa Farley est professeure agrégée à la Faculté d’éducation de l’Université York. Ses recherches portent sur l’histoire de la psychanalyse et la théorie psychanalytique pour conceptualiser des dilemmes dans la représentation de récits d’enfants. Ses recherches récentes examinent l’œuvre complète de D. W. Winnicott afin d’explorer les contributions de ce psychanalyste à la compréhension des notions d’autorité et de soins pour les enfants dans un contexte de conflits sociaux et politiques. Son travail a été publié dans de nombreuses revues dont : American Imago, Psychoanalysis and History, History and Memory, La revue canadienne de l’éducation, Curriculum Inquiry et Pedagogy, Culture and Society.

Effleurer l’inconscient, se languir pour du sens : le travail de la lecture et du rêve

David Lewkowich, Doctorant, Université McGill

Comme le suggère Ted Aoki, «la notion de curriculum», souvent emprisonnée dans des mandats de programmation ou des idéologies dépassées de l’étude, «aspire vivement à un nouveau sens». S’appuyant sur l’appel d’Aoki pour une prolifération incessante de nouveaux sens dans les recherches curriculaires, cet article examine comment on peut théoriser la lecture-souvent considérée comme une entreprise cognitive et mesurable-en rapport avec le langage psychanalytique des rêves. Dans la lecture, nous effleurons l’inconscient, là où cet interface est un demeurant temporel imprévisible circulant du passé aux bavures du présent et aux augures de l’avenir. Dans cet article, je m’appuie sur la théorie de la révolte de Kristeva pour interroger ma propre relecture du «Journal du voleur» de Genet, un ouvrage extraordinaire qui repousse les limites aberrantes du temps, de l’identité et de l’histoire. Genet et Kristeva offrent chacun des théories de la lecture et de l’expérience qui rejettent la stabilité, s’accordant plutôt à des airs de transgression, d’intemporalité et de répétition (toutes, des caractéristiques du rêve). Même si l’enseignement ne fait pas souvent place à la poésie ludique du rêve, l’appel d’Aoki fait plus que tolérer mais insiste en fait sur une telle «incursion dans l’esprit», aussi incertaine soit-elle.

David Lewkowich est doctorant au département Integrated Studies in Education de l’Université McGill. Ses centres d’intérêt en recherche portent sur la littérature pour jeunes adultes, les expériences de lecture, la vie affective en éducation, la psychanalyse et les représentations de l’enseignement et de l’apprentissage dans la littérature et la culture populaire. Le sujet de thèse de David comprend une analyse comparée des expériences de lecture des adolescents et des futurs enseignants, portant surtout sur la dynamique culturelle et psychologique de la littérature pour jeunes adultes. Ses travaux se retrouvent dans : Curriculum Inquiry, JCACS, le Journal of Curriculum and Pedagogy, et le Journal of Curriculum Theorizing.

Le curriculum de l’émerveillement : la poésie en tant que jeu, prophétie et pédagogie

Carl Leggo, Professeur

Université de Colombie-Britannique

La poésie peut transformer nos imaginations pédagogiques en créant des possibilités de discussion à propos du curriculum dans les diverses communautés qui constituent notre existence humaine. En réponse à l’appel de Ted Aoki pour «un chant joyeux au sein de l’existence», j’écris de la poésie pour entendre mes propres voix et les voix des autres, chantant avec nos cœurs joyeux et nos espoirs convaincus. Par-dessus tout, je m’engage dans l’écriture afin de mesurer à quel point je vis bien avec mon bien-être. Je cherche toujours à bien vivre, espérant toujours que l’histoire d’une vie, une histoire vivante, peut déborder de joie même au sein des remous agités du quotidien. Je présenterai des ruminations, des poèmes, des récits, des questionnements et encore des poèmes qui abordent les expériences et les thèmes du langage, du vécu poétique, du désir, de la justice, de l’espoir, de la vocation et du curriculum élaboré de façon exhaustive dans des cercles connectés de vie et d’amour.

Carl Leggo est un poète et professeur à l’Université de Colombie-Britannique. Parmi ses livres figurent : Come-By-Chance; Life writing as Literary Métissage and an Ethos for Our Times (en collaboration avec Erika Hasebe-Ludt et Cynthia Chambers); Creative Expression, Creative Education (en collaboration avec Robert Kelly); et Sailing in a Concrete Boat: A Teacher’s Journey.

PROVOQUER LES ÉTUDES DU CURRICULUM :
PANEL DES CONFÉRENCIERS INVITÉS
23 février, 2013 de 8 h 30 à 9 h 45
LMX 122

La première tâche de la réflexion de nos jours : La critique de la technologie selon George Grant

William Pinar

Université de Colombie-Britannique

En se référant à des détails biographiques essentiels, Pinar se concentre sur les conceptions de modernité et de technologie de George Grant, associant celles-ci (tout comme Grant le fait) aux crises politiques et culturelles auxquelles le Canada faisait face dans les années 60. Il termine avec une discussion des préoccupations sociales de Grant, en particulier l’éviscération par la technologie de la capacité subjective de l’humanité à une vie morale.

Né à Huntington, en Virginie occidentale en 1947, William Pinar a complété son B.S. en Éducation à l’Université d’État de l’Ohio en 1969. Il a enseigné l’anglais à l’École secondaire Paul D. Schreiber à Port Washington, Long Island, New York de 1969 à 1971, retournant à «Ohio State» pour y terminer une maîtrise en 1970 et un Ph.D. en 1972. Il a enseigné à l’Université de Rochester de 1972 à 1985, puis il se rendit à l’Université d’État de Louisiane pour y enseigner jusqu’en 2005, lorsqu’il accepta une Chaire de recherche du Canada à l’Université de Colombie-Britannique à Vancouver, Canada. Pinar est l’éditeur de Curriculum Studies in South Africa (Palgrave Macmillan 2010), Curriculum Studies in Brazil et Curriculum Studies in Mexico (les deux chez Palgrave Macmillan 2011), l’auteur de The Worldliness of a Cosmopolitan Education: Passionate Lives in Public Service (Routledge 2009), The Character of Curriculum Studies: Bildung, Currere, and the Recurring Question of the Subject (Palgrave Macmillan 2011) et Curriculum Studies in the United States (Palgrave Macmillan 2013).

La poésie forte de Won Alexander Cumyow : Relecture des récits de ce lieu

Tim Stanley

Université d’Ottawa

Cet article étudie la vie de Won Alexander Cumyow, la première personne d’origine chinoise à être née dans ce qui est aujourd’hui le Canada. Cependant, il ne s’agit pas d’une biographie conventionnelle. Plutôt, je m’y livre à une lecture de photographies essentielles qui documentent sa vie et j’explore les liens entre ces photos et le lieu que j’habite aujourd’hui. Comme tel, l’article révise les récits à teneur nationaliste qui dominent notre compréhension du passé et dépeignent les racismes comme des épiphénomènes, effets secondaires d’autres phénomènes ou sujet dérivé du récit principal qu’est le progrès national de la société la plus tolérante au monde. Au lieu de cela, j’y introduis des récits jusque-là exclus qui dérangent les mythologies nationalistes et font de l’État-nation quelque chose qui doit être expliqué plutôt que ce qui donne l’explication de tout. L’emphase y est aussi mise sur des enjeux cruciaux de critique historique dans la lecture des photographies et implicitement d’autres textes culturels. Le projet historique de reconstruction de la lorgnette par laquelle les gens interprètent les récits historiques en temps et lieu où ils ont été produits est essentiel pour le projet scientifique de comprendre les économies culturelles contemporaines, leurs exclusions et inclusions. Le projet historique antiraciste documente comment l’histoire de la création d’une société structurée sur un modèle de domination (Hall 1980) a été occulté et par conséquent reproduit l’exclusion raciste et la domination.

Timothy J. Stanley est professeur d’éducation antiraciste et des fondements de l’éducation à la Faculté d’éducation et Vice-doyen de la Faculté des études supérieures et postdoctorales de l’Université d’Ottawa. Son livre, Contesting White Supremacy: School Segregation, Anti-racism and the Making of Chinese Canadians (Vancouver : Presses de l’Université de Colombie-Britannique, 2011), a remporté le Prix Clio de la Société historique du Canada et le Prix des fondateurs de l’Association canadienne d’histoire de l’éducation.

Performing Spoken Strong Words

Jenna Tenn-Yuk
University of Ottawa

Spoken word poetry is a powerful way for individuals to find and speak their voices, challenge dominant ideology and effect change in their communities. Jenna Tenn-Yuk explores issues of identity, race and the question of place through her poems, Minority and Everyone Loves A Jamasian Girl. Her work also examines how minorities work within and against dominant ideology to create new identities through performance.

Jenna Tenn-Yuk is a former athlete turned spoken word artist and singer-songwriter. As a spoken word poet, she was a member of the 2010 Canadian Festival of Spoken Word Wild Card team, and has performed at Parliament Hill, City Hall, Westfest and many other shows around Ottawa. Jenna runs a monthly poetry series, Words to Live By, and leads spoken word workshops to provide spaces for individuals to express their voices. She also recently gave a TED Talk at Ottawa’s first TEDxSandyHillWomen. Through expressing her own voice in poetry and music, she has seen how the scars of her past have become beautiful ways to connect with people’s hearts and stories. Jenna is currently working on a master’s degree at the University of Ottawa, where she has lectured on spoken word and activism, and is conducting research on the local slam poetry scene.

PROVOKING CURRICULUM STUDIES: CLOSING KEYNOTE

February 23, 2013 at 4:00 – 5:30 PM
LOCATION 122 LMX

Méditer sur ceux qui nous ont précédés : Mon père, l’enseignement et le karaté

Doug Aoki

University of Alberta

Récemment, j’ai dû recomposer un mot de passe électronique. Ce faisant, j’ai dû répondre à une question de sécurité : « Qui était votre enseignant préféré? » Dans mon cas, il s’agissait de Mme Hemingway qui m’avait enseigné l’anglais au premier cycle du secondaire. Bon, il ne s’agit pas ici de ce qui la rendait si mémorable, comme sa gentillesse ferme, son esprit tranchant et ses jambes fabuleuses. Ce qui importe est bien que je me souvienne d’elle 44 ans plus tard. Le poète Philip Larkin, quand il rencontra finalement Cyril Connolly, dont les écrits l’avaient profondément influencé, lui dit : “Monsieur, vous m’avez formé.” On n’oublie pas les maîtres qui nous forment. On ne peut pas les oublier car on a un devoir de mémoire. Deborah Britzman s’est exprimée de façon beaucoup plus brillante que je ne le pourrai jamais sur la pratique de l’enseignement, mais j’ajouterai que les Japonais utilisent le mot keiko 稽古 pour designer la pratique, ce qui signifie littéralement : « méditer sur l’ancien ». Dans la pratique du karatedō, chaque exercice, chaque mouvement et chaque immobilité devrait refléter un hommage aux maîtres qui nous ont précédés. Un karateka consciencieux que je connais dénonçait un jour l’autobiographie d’une vedette de cinéma des arts martiaux. Le problème n’était pas l’écriture par un prête-plume, bien qu’elle fût pitoyable. Le problème était que, dans ce livre de quelques 250 pages, cet acteur n’y mentionnait son sensei que dans un seul paragraphe. Tant de pages à parler de lui-même et si peu de reconnaissance envers son maître. Merci de ne pas oublier mon père. Le sens littéral de sensei est : « celui qui nous a précédé ». La pratique de l’enseignement devrait s’inspirer de l’esprit du karatedō, qui nous oblige à nous souvenir et à prêter attention. Karatedō utilise shōgō 称号, un système de titres reconnaissant les sensei exceptionnels. En ordre ascendant, ces niveaux sont : renshi 錬士, kyōshi 教士 et hanshi 範士. Historiquement, un renshi était un samouraï qui menait les soldats en raison de ses exceptionnelles habiletés, mentales, physiques et techniques. Kyōshi évoluait explicitement de mener à enseigner. Un kyōshi était responsable de l’entraînement des soldats. Le niveau le plus vénéré est celui de hanshi, communément traduit par « maître des maîtres ». Mon père était un professeur de professeurs dévoué, un authentique hanshi. Mais l’envie impatiente et complaisante pour un titre (shōgō) provoque une inversion de l’ordre de priorité—hanshi est de toute évidence le plus haut rang, mais la modestie des maîtres le rend encore plus signifiant. Mon père était un tel maître.

Doug Aoki est le fils de Ted Aoki. Il fait partie du corps professoral de l’Université de l’Alberta. Il enseigne aussi le karaté au Dojo Shinkitai Strathcona et dans le réseau scolaire public d’Edmonton. Formé à l’école lacanienne de psychanalyse, il écrit présentement sur le karaté traditionnel, l’enseignement et la critique culturelle.

Provocations entre sonare and videre

Diane Watt

University of Ottawa

En cet âge de courts extraits sonores et de l’incessante guerre au terrorisme, la complexification des identités est devenue un projet essentiel pour la pédagogie et le curriculum. En réponse aux explications binaires et réductrices des différences qui prolifèrent dans les médias, je me sers de la théorisation d’Aoki à propos des espaces de tension dans les intervalles comme génératrice de sens. En juxtaposant récits, images et théorie, je tire de ce bazar épistémologique un questionnement de notre embrouillamini langagier relatif à soi et autrui. Travaillant avec l’auto/ethno/graphie et le bricolage, ce texte expérimental, de plusieurs niveaux, est conçu pour provoquer des formes de vision (videre) et d’audition (sonare) plus riches. En dérangeant le soi, je fais de la place pour que la propre subjectivité du lecteur se laisse prendre au/par le texte. Ce faisant se pourrait-il qu’on rende possible la réécriture de la théorie de curriculum en tant qu’acte de poésie forte?

Diane Watt a complété sa thèse de doctorat sous la supervision du Dr. Patricia Palulis à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, avec une concentration en Société, Culture et Littératies. Son travail puise dans les études culturelles, la théorisation post-reconceptualiste du curriculum et les épistémologies au seuil du féminisme pour élargir la catégorie « Femme musulmane ». En 2012, la thèse de Diane Watt a reçu le Prix de l’A.C.É.C. pour la meilleure thèse doctorale. Elle s’est aussi mérité une Mention Honorable (Division B, Études du Curriculum) pour le Prix de la meilleure thèse de doctorat de l’American Educational Association et le Prix de thèse exceptionnelle pour son Excellence en Pédagogie du Groupe Curriculum et Pédagogie. Ses intérêts de recherche incluent les identités féminines musulmanes les littératies numériques et médiatiques, l’éducation inter/culturelle, la «maternité/altérité» («m/othering») et les contextes informels de l’éducation et les possibilités du bricolage auto/ethno/graphique en tant que recherche décolonisatrice. Diane enseigne les cours du B.Éd. et au niveau supérieur à la Faculté d’Éducation de l’Université d’Ottawa. Elle a habité avec sa famille au Pakistan, en Syrie et en Iran dans les années 1990.

Chanson forte :  militantisme, inspiration et toutes mes relations

Julie Comber
University of Ottawa

«La résistance/À cette existence/ C’est beau/ C’est joyeux» est le refrain de Canadian pOILitics, une chanson que j’ai coécrite. Il s’agit d’une époque de crise et de soulèvement, alors que des communautés et des destins humains se heurtent et fusionnent. En tant qu’éducateurs, militants et au seul titre d’humains préoccupés sans plus d’étiquettes, plusieurs d’entre nous cherchons un terme à la souffrance et à l’injustice et à soigner nos relations avec les autres humains, avec le monde supra-humain et finalement avec nous-mêmes. Comme l’indique le thème de ce congrès, il nous faut plus que jamais des poètes forts et leur créativité dérangeante. Comme bien d’autres j’ai écrit de la poésie pour me comprendre moi-même, pour préserver ma santé mentale, pour entrer en contact avec mon prochain, pour inspirer le changement. Mais en 2011, la terre sacrée sur le territoire algonquin maintenant connu sous le nom des Hautes terres de South March a mis de la musique sur mes paroles et je suis devenue une auteure-compositrice. Mon inspiration vient surtout du monde supra-humain et rend hommage à «Toutes Mes Relations». J’ai grandi avec les chansons puissantes de Phil Ochs, Buffy Sainte-Marie et Stan Rogers, chansons dont le but était d’éduquer et d’enflammer. Mon propre travail de composition a évolué de jeter un éclairage sur des thèmes négligés et d’essayer de motiver les gens à s’engager dans l’action à concentrer cet éclairage sur la beauté de cet avenir que nous cherchons tous et à inviter les auditeurs à « devenir cet amour et ce changement ». Les inviter à devenir le Soi éclairé, pleinement réalisé et authentique. Je vais suivre ce trajet en évolution de mon travail de composition en vous interprétant Hearts in the Snow, Rupununi Red Road et Light Up Your Life.

Julie Comber cherche à inspirer l’empathie et à catalyser l’action. Ses expériences de travail, de voyage, de bénévole, de militante et d’universitaire contribuent à sa quête de stratégies créatives et autonomisantes pour nourrir un cœur chaleureux et un esprit acéré chez les jeunes et moins jeunes. Elle croit que le bien-être des humains et des animaux ainsi que l’intégrité environnementale sont inextricablement reliés. Elle est une Alliée non autochtone, à l’œuvre localement pour la justice écologique et les Droits des Premières Nations. Julie est une auteure-compositrice, poétesse, blogueuse, jongleuse avec le feu et la lumière (poï) et capoéiriste. Son parcours académique inclut la zoologie (B. Sc.), la génétique (M. Sc.), la bioéthique (M. Sc.) et le bien-être des animaux (poste de recherche). Elle complète présentement un doctorat à l’Université d’Ottawa. Sa recherche porte sur l’éducation environnementale au sein de Clubs Nature en Guyane en collaboration avec les communautés autochtones Makushi. Elle a étudié le programme des Clubs Nature du Nord Rupununi (NRWC, en anglais). Le but était de comprendre l’impact que les Clubs Nature ont sur leurs membres et sur leur communauté élargie. La recherche renverra aussi aux communautés leurs propres idées et aspirations pour améliorer leurs Clubs grâce à la diffusion créative des trouvailles de la recherche dans des documentaires qu’ils auront coproduits.

Conference Chairs:

Awad Ibrahim, Ph.D.

Professor, Curriculum Theory

University of Ottawa

Faculty of Education

E-mail: aibrahim@uottawa.ca

Website: www.awadmibrahim.blogspot.ca

Nicholas Ng-A-Fook, Ph.D.

Associate Professor, Curriculum Theory

Co-President of the CACS

University of Ottawa

Faculty of Education

E-mail: nngafook@uottawa.ca

Website: www.curriculumtheoryproect.ca

Conference Coordinator:

Bryan Smith, Doctoral Candidate

E-mail: provoking2013@gmail.com

Conference Committee:

Giuliano Reis (University of Ottawa), Annette Furo (University of Ottawa), Rob Nellis (Red Deer College)

Faculté d’éducation

Université de l’Alberta

Colloque financé par

l’Association canadienne pour l’étude du curriculum

Le 21 et 22 octobre 2011

Renseignements sur l’inscription :

Pour les universitaires et employés à temps plein: Tarif Early Bird (payé en entier avant le 31 août 2011), 150,00 $; Tarif ordinaire (après le 1er septembre 2011), 175,00 $

Pour les étudiants/retirés/sans emploi: Tarif Early Bird (payé en entier avant le 31 août 2011): 75,00 $; Tarif ordinaire (après le 1er septembre 2011), 100,00 $

Pour plus d’informations sur la façon d’enregistrer votre paiement, veuillez s’il vous plaît cliquer sur le lien suivant: informations sur le processus de paiement.

Vous pouvez trouver des informations sur les logements et les restaurants ici.

Thème du conférence : Le 5e conférence biennal provoquer les études du curriculum invita des académiques à travers le Canada et à l’international à provoquer une « esthétique de la vulnérabilité » qui se rapporte à la façon dont nous pourrions apprendre à vivre une vie éthiquement, si telle chose existe, en tant que chercheurs du curriculum dans le 21e siècle. De même, lors de ce colloque nous encourageons nos présentateurs à nous provoquer à repenser la différente façon dans laquelle engager l’esthétique de la vulnérabilité nous permet des possibilités pour reconstruire les conditions nécessaires pour que la justice sociale ait lieu à l’intérieur et à l’extérieur des institutions scolaires publiques. De plus, des spécialistes en études de curriculum, des artistes et des étudiants aux études supérieures furent invités à provoquer la façon dont nos appréhensions de l’altérité, de ses performances de l’esthétique de la vulnérabilité matérielle et sémiotique respectives, pourraient nous inciter à repenser nos croyances fermement ancrées au sujet de nos théories de curriculum actuelles et de nos pratiques pédagogiques.

Nous espérons que lors de ce colloque, entre autres choses, vous allez tous venir nous aider à provoquer des esthétiques particulières de la vulnérabilité qui répondent à des besoins soudains d’ailleurs que nous, comme Butler (2004) nous le suggère, ne pouvons pas anticiper en tant que pédagogues. Lors de cette rencontre pédagogique des provocations de curriculum, nous nous demanderons, entre autres questions, pourrions-nous tous apprendre les uns des autres au sujet de conceptualisations alternatives de ce que Britzman (1998) nomme justement « the arts of getting by » (l’art de se débrouiller)?

Conférenciers invités

The Secret Life of Vulnerability

We had taken our places at the table

For some words after the break, following

On various comings and goings.

And when—twice—the professor said, “hope,”

The celestial fireworks following the verb

Had us rocketing skywards too.  I had always suspected

The poet’s powerful leanings, but now I reckoned

How few exchanges we had actually come to know

Between pedagogy, providence, and rain.

(Judith Robertson, 2010)

Dans cette présentation, Judith P. Robertson, écrivaine, peintre et professeure de l’Université d’Ottawa à la retraite, fait appel à la poésie et à la peinture pour déchiffrer l’étude de curriculum dans une géographie de la vulnérabilité — à la fois comme espaces matériels/physiques et en tant qu’espaces métaphoriques/mythiques/psychiques. La vulnérabilité s’effectue ici en forme d’esthétique régénératrice et leitmotiv qui caractérise les moments d’apprentissage. À partir de la vulnérabilité, la résistance de la vie peut émerger. Si la vulnérabilité est un espace propice et potentiel dans le domaine du curriculum, alors que pourrait-il signifier de s’approprier cet espace à la fois intrépide et fragile à l’imagination pédagogique? La communication poétique et visuelle de Robertson évoque une réponse esthétique à cette question difficile. Ses poèmes passent à travers les frontières psychiques et géographiques en curriculum, en invoquant les dangers et les possibilités de la temporalité et de la spatialité dans l’apprentissage ainsi que la désignation toujours précaire des limites entre soi et l’autre. Les poèmes revisitent le chaos qui peut parfois empreindre les moments de l’apprentissage, dans lequel la singularité du temps, l’extravagance et la miniaturisation du temps et sa durée pléthorique informent et agitent, présentant à tous les apprenants, à la fois aux étudiants et aux enseignants, les tensions et le déséquilibre – c’est-à-dire la vulnérabilité – à partir de laquelle la perception joyeuse et l’imagination débordante sont conçues.

Judith Robertson est l’auteure de deux livres : Provocations: Sylvia Ashton-Warner and Excitability in Education et l’ouvrage à succès du NCTE Teaching for a Tolerant World, Essays and Resources (avec le Comité du NCTE sur l’enseignement concernant le génocide et l’intolérance). Elle est récipiendaire de nombreuses distinctions, y compris l’éminente professeure de l’année à l’Université d’Ottawa. Son travail dans l’éducation s’appuie sur les théories psychanalytiques et la spatialité afin d’examiner l’expérience littéraire. Ses nouvelles publications incluent “Saltwater Chronicles: Reading Representational Spaces in Selected Book Clubs in St. John’s, Newfoundland”, “Poems in Newfoundland Time”, et “The Private Uses of Quiet Grandeur: A Study of the Literary Pilgrim.” Peintre passionnée et poète, Judith vit à Terre-Neuve et à Longboat Key en Floride.

Provoquer une discipline de vent et de pédagogies de vulnérabilité: un métissage autochtone

Par le biais de la flûte, de l’écriture lyrique et des arts visuels, Vicki Kelly crée un métissage autochtone qui effectue une esthétique de la vulnérabilité comme un moyen de provoquer de nouvelles compréhensions de curriculum. Elle nous demande d’examiner comment de telles offrandes de vulnérabilité peuvent créer en nous des sensibilités qui nous permettent de témoigner des rencontres profondes avec l’autre. Lors de sa performance, Vicki nous invitera à pénétrer des pédagogies de vulnérabilité en nous offrant des occasions d’apprendre et de transformer nos blessures en dons de grâce et en capacités pour comprendre les complexités de la condition humaine. Elle rassemble des éléments de son expérience vécue en créant un filetage de lignes  d’exploration, en tant que métissage autochtone, pour effectuer les esthétiques de la vulnérabilité qui rendent honneur à nos esprits apprenants.

Érudit Métisse, Vicki Kelly est anishinabe et écossaise. Ses recherches actuelles se situent dans les domaines de l’éducation autochtone, l’éducation artistique et l’éducation écologique. Ses projets de recherche se concentrent sur les études du curriculum pour revitaliser les savoirs, les pédagogies, la langue et la culture autochtones. Elle travaille particulièrement avec le métissage, le portrait narratif ainsi que des méthodologies de recherche fondées sur les arts. En tant qu’artiste, elle a étudié la danse, les arts visuels et la flûte autochtone.  Elle a également œuvré en tant qu’art-thérapeute dans le cadre de diverses initiatives thérapeutiques en Europe et en Amérique du Nord. En tant qu’éducatrice, elle a travaillé en éducation pour les niveaux maternelle-12e et pour les adultes avec des approches intégrées et holistiques à l’apprentissage à long terme. En tant qu’érudit Métisse, éducatrice et artiste, Vicki s’est engagée à tisser les fils différents de sa vie dans un motif tressé de compréhension.

Actes du colloque: L’horaire du colloque.