Jonathan tout au long de ma vie a Film Analysis by OLIVIER BÉGIN-CAOUETTE for EDU 6460 Curriculum, Culture, and Language

Jonathan tout au long de ma vie a Film Analysis by OLIVIER BÉGIN-CAOUETTE for EDU 6460 Curriculum, Culture, and Language

Dans quelques mois, l’Université d’Ottawa certifiera que je « maîtrise » le métissage entre la politique out there et la politique in here. Pour atteindre ce standard, j’ai même entrepris de suivre un cours visant la déconstruction du métissage entre les curricula, les cultures et les langues. Or, dans ce cours, un travail d’équipe sur le film Jonathan Livingston Seagull m’a fait réaliser que j’étais moi-même un lieu de perpétuelles tensions entre mon passé, mes rêves et les exigences sociales. J’ai découvert que je suis à la fois Jonathan et le fils de Jonathan. Dans ce texte franglais, j’emploierai donc les construits théoriques comme des ponts entre la fable de Bach et la fable de ma vie.

The book and the movie Jonathan Livingston Seagull tell the story of this young seagull who is frustrated by the materialism and conformism of his flock and is seized by a passion for learning, flight and perfection. Not talking as his flock talks, not believing as his flock believes, the Elders banish him and Jonathan begins a long journey, flying over deserts and plains, meeting other animals and, in the end, understanding who he is. At the end of that journey, he meets two gulls who bring him to a “higher place of existence”. There, he finds a flock that is “learning to fly just for the fun of it” and that tries to “help those who want to learn and do what they love to do”. Understanding how knowledge can lead to “perfection”, Jonathan undertakes his mission: to be a teacher and to “give what he has found as a gift to whoever will accept it” (Bartlett, 1973).

La fable de Bach (1970), reprise dans le film de Bartlett (1973), a eu des échos importants en théologie (Barber, 1998) et en éducation. Par exemple, en 1974, une école alternative du nom de Jonathan ouvrait ses portes à Montréal et élevait le partage, la liberté de choix et l’éducation permanente au rang de valeurs fondatrices de sa pédagogie (Caouette, 1992). Étant le fils du fondateur et élève de cette école, je fis miens ces idéaux humanistes au début de mon parcours. Therefore, unlike Jonathan, I have flown with my “new flock” before meeting my “old flock” in High School. However this paper shows that, like Jonathan, I have been an outcast who now tries to pass on what I have learned.

My old flock! I don’t love them

Une des séquences marquantes du film se déroule entre 1h09 et 1h13 alors que Jonathan prend conscience de sa destinée. Chang, un sage goéland qui lui a montré ce qu’était le vol parfait, demande à Jonathan de se transporter là où l’emmène le tandem amour-don puisque “so much love is giving, don’t you think?” À ce moment, les deux goélands se retrouvent au milieu d’un dépotoir où l’ancienne volée de Jonathan s’entredéchire pour quelques déchets. Hargneux, Jonathan déclare qu’il n’a jamais aimé son ancienne volée. Toutefois, les questions de Chang lui font admettre: “I always wanted to give them what I’d learn about flying, if it’s what you mean by love”. Cette phrase nous rappelle que, plus jeune, Jonathan voulait partager avec ses confrères sa passion pour le vol, mais que cette passion l’a mené vers l’exil. Une analyse de la séquence visuelle montre que le paysage de « l’univers » est superposé comme une antithèse avec le paysage « dépotoir ». Cette antithèse indique, qu’au-delà des techniques de vol, Jonathan souhaite offrir à ses pairs the possibility to fly to a much higher place where they can develop their perfect selves. This desire for sharing-teaching constitutes an expression of love for those who “don’t care what flying is” and “don’t care about learning”. In this sequence, Jonathan understands that forgiveness can free his soul and this process leads this hard-working student to become a teacher.

Or, pourquoi une société devient-elle si intransigeante avec ceux qui désirent repousser les limites et questionner l’ordre établi? Pinar (1995) suggère que les autorités politiques, ici métaphoriquement représentées par les Anciens, définissent les impératifs sociaux (ex : se nourrir) et, par un curriculum strictement planifié, des évaluations standardisées et un contrôle administratif, s’assurent que l’ensemble des membres s’y conforment. During Jonathan’s trial, the Elders use a controlling, legitimate and prescriptive language (Huebner, 1999) to monitor the flock, claim the importance of their goals and command the flock to turn its back on Jonathan. Therefore, the Elders impose an “education” that “serves as a social barrier whereby the world is protected from the embarrassment of the unsocialized” (Huebner, 1974:197). Selon Huebner, l’école discipline, marginalise et expulse les élèves qui dérogent et menacent le cadre social. Ainsi, l’école a humilié et dénigré Xuela à cause de ses origines caraïbes (Kincaid, 1997), les autorités scolaires d’Alberta ont empêché Ted Aoki d’enseigner à cause de sa nationalité japonaise (Aoki, 1979) et Munro (1998) raconte comment de nombreuses femmes ont été privées du savoir à cause de leur sexe. Ces auteurs indiquent donc que le curriculum politique-scolaire pousse à l’exil ces « goélands » dont les passions, les rêves, les talents et les origines menacent la stabilité sociale.

Mon passage à l’école secondaire fut lui aussi marqué par le rejet, la haine et l’exil. J’étais frêle, je recherchais la perfection et je désirais apprendre tout ce que le monde avait à offrir. But for my peers, I was a faggot, a nerd and a weird maverick. My daily routine consisted in being slapped in the morning, being shouted at insultingly during lunchtime and being lonely in the afternoon. Obviously, teachers, administrators and the school system liked me because I was an obedient top-performer, but being a teachers’ pet was similar to being an outcast. Le système scolaire m’avait destiné à un avenir universitaire et, pour y arriver, je devins un enfant stressé et méprisé des « cancres ». À l’instar de Xuela, « the world I came to know was full of danger and treachery » et il me fallut plusieurs années pour comprendre que la colère de mes pairs n’était pas vraiment dirigée contre moi, mais ce système qui les aliénait (Kincaid, 1997:22).

They don’t care about looking beyond what they see with their eyes

S’inspirant du mythe de la caverne (Platon, 2002), la fable raconte l’histoire de ce goéland immaculé qui, s’échappant de la médiocrité, découvre, par lui-même, une myriade de nouveaux mondes dont la beauté et la pureté est mise en exergue par les prises de vue et la musique. Le chant aérien des violons ainsi qu’une séquence de paysages majestueux, tels d’immenses montagnes (1h11), un coucher de soleil rougeoyant (1h12) et un désert de sable doré (1h13), relèvent la grandeur de l’univers de Jonathan, comparativement à l’étroitesse de celui de ses pairs. However, this state of perfection is not enough. Jonathan is “ready to begin the most difficult and the most powerful journey of all”: teaching his old flock that there is something more than eating and fighting. This mission is the most difficult because he will have to teach to people who are blinded by their narrow environment. Those who have succeeded will not listen because they think the system is a decent one and those who failed have been taught that they were the problem. Yet, “there’s got to be somebody in that time who cares”.

Fort de ses découvertes de la liberté, du partage et de la perfection, Jonathan transforme son currere en un curriculum qu’il souhaite transmettre à ses pairs. Il devient, en quelque sorte, l’archétype du curriculum theorist décrit par Pinar (2005). Selon ce dernier, le théoricien doit créer de « nouveaux mondes », i.e. des espaces d’apprentissage exempts des pressions matérialistes. Ce faisant, Jonathan s’engage sur la voie de la résistance puisque l’arrivée d’un nouveau curriculum est un événement choc qui déstabilise habituellement l’ordre établi. Comme l’écrit Cynthia Chambers:

That is also the very soul of curriculum as verb, as political act: we cannot not become warriors in the context of war, we cannot not speak or ring the bell, we cannot not write in between languages, places and races, to be provoked to speak of the scandals that touch our lives, reveal the inhuman in the human condition. (Hasebe-Ludt, Chambers, Leggo, 2009 : 107)

Face aux conditions de vie médiocre de ses pairs, Jonathan développe le curriculum libérateur d’une éducation nouvelle.

À 13 ans, j’ai pris conscience de la pollution, de la guerre, du décrochage et du suicide et j’ai eu peur que, si rien n’est fait, l’humanité ne s’éteigne en 2050. Ce pessimisme, omniprésent dans mes poèmes, me mettait dans un état d’urgence perpétuel. Je tentais d’expliquer à mes pairs que le conformisme, le racisme, l’homophobie, la surconsommation et l’obsession de la performance mèneraient à notre perte. Tough, like Leggo said (ibid: 164), “as a poet, I am often lonely, and I am almost always insecure. I want to share my words with others, but who will listen? Who will hear my words?” Ayant fait ma scolarité primaire dans une école alternative, je savais qu’il existait « d’autres mondes » et, adolescent, je décidai de devenir le porte-étendard de ces derniers. Dès 17 ans, je participai à l’implantation d’un volet alternatif à l’école secondaire. À 20 ans, j’employai le langage descriptif (Huebner, 1999: 215) de la psychologie pour décrire le pluralisme scolaire (Bégin-Caouette, 2011). À 21 ans, j’amorçais un stage en psychologie scolaire et mettais sur pied un programme de lutte à l’homophobie. Finalement, suite à mon baccalauréat, je pris la décision d’étudier la politique et d’utiliser un langage d’affiliation pour mobiliser la population autour d’un système d’éducation pluriel. Comme le dit Hélène Cixous (dans Hasebe-Ludt, Chambers, Leggo, 2009 : 103), « one cannot not espouse a cause » et cette cause est celle d’un système d’éducation pluriel et ouvert.

You were born to give the truth to anyone struggling to break out of his limits

« Jonathan » vient de l’hébreu « Yô », qui veut dire Dieu et « natan », qui signifie « a donné » (Dictionary of American Family Names, 2003). En ce sens, Jonathan se présente comme tributaire du « don de Dieu » (la liberté) et responsable de partager ce « don » avec ses semblables. Chang, guide spirituel pour Jonathan, est celui qui lui explique son origine, sa mission et son avenir. For example, Chang tells Jonathan that one day he will realize “how long ago [his] flight began and how great a journey [he has] traveled”. Then, he says “Jonathan, you were born to be a teacher”. Finally, when Jonathan wonders how he will succeed in his mission, Chang says that “when the time is right for you to give them, nothing can keep it from happening”. The tension between the currere of freedom and what can be perceived as determinism tend to show that Jonathan flew freely all his life until he finds his destiny : to liberate gulls and teach him perfection.

Cet extrait du film montre l’éthique du curriculum de Jonathan. Pour Huebner (1966), le rationnel éthique est une reconnaissance que l’acte de l’enseignement/apprentissage est en fait la rencontre entre deux êtres humains qui s’influencent mutuellement. À travers cet acte, le savoir agit comme un instrument de promesse où les deux êtres humains peuvent se projeter dans un avenir meilleur. Ainsi, Jonathan vise à faire croître ses confrères par un apprentissage collectif. Cette démarche correspond d’ailleurs à l’éthique de l’enseignement défini par Hasebe-Ludt, Chambers et Leggo (2009:154):

“We learn to practice this generosity of spirit in relation to ourselves and others, acknowledging how we are all inextricably and ecologically connected, all of us needing to be heard and appreciated as human beings. And, moreover, this generosity of spirit extends to an understanding of human living as a creative enterprise”.

Jonathan prend donc conscience qu’il est inextricablement lié aux autres goélands et que ces derniers ont autant besoin que lui d’un currere de liberté. Remarquons finalement que l’extrait choisi montre bien les quatre étapes nécessaires à l’émergence d’un tel curriculum: régression, progression, analyse et synthèse (Doerr, 2004). En effet, Jonathan, aidé de Chang, revoit la volée de son passé (régression), la met en opposition avec l’idéal qu’il a développé avec sa nouvelle volée (progression), comprend qu’il doit devenir enseignant (analyse) et s’envole pour réaliser son destin (synthèse).

Contrairement à Jonathan, ces quatre étapes se sont entremêlées et étalées tout au long de mon parcours. Tout d’abord, si Jonathan a eu un guide spirituel du nom de Chang, moi, j’ai eu mon père. Depuis le secondaire, mon père me rappelle sans cesse que je dois demeurer humble. Il me répète que, ayant la chance d’avoir ce don (de Dieu?) d’un esprit logico-mathématique, d’une capacité de bien écrire et d’une mémoire remarquable, je réussis dans le système et le système m’apprécie. Mais mon père se plaît à me rappeler que, si le système valorisait le travail manuel ou les sports, je désespérerais. Ainsi, même si j’excelle à l’école, je considère qu’il est injuste que le système scolaire mène au décrochage ces jeunes aux talents artistiques ou manuels. Tough, what can I do? I can choose to accept this gift and study until I receive a PhD in Educational policy. Then, I will take all the credibility the traditional system gave me and I will proclaim that this system is unfair and outmoded and that it is the time to follow Paulo Freire, i.e. to “commit ourselves to the reformulation of curriculum in order to build the public schools we want: competent, fair, joyous and curious” (in Hasebe-Ludt, Chambers, Leggo, 2009: 205). Je ne crois ni en Dieu, ni au déterminisme, mais ce sont les choix que j’ai faits.

Jonathan, go with my love”

En conclusion, j’ai été touché par le message d’amour contenu dans le film. Seulement dans l’extrait sélectionné, l’amour est mentionné 10 fois. Cela nous rappelle qu’enseigner est un acte d’amour, mais aussi que l’amour nous donne la force d’enseigner (si cela est notre mission). Comme Xuela se sent aimée par Rolland (Kincaid, 1997: 168), Jonathan se sait aimé par Maureen et je sais que Véronique m’aime. Xuela, Jonathan et moi frissonnons pour un être cher et ces frissons nous munissent d’une force herculéenne lorsque nous rencontrons l’adversité. De mon côté, sachant que même mes départs pour l’Unesco (Genève) et Columbia (New-York) ne peuvent tarir les liens intimes qui m’unissent à ma fiancée, as Chang said, “[I am] now ready to fly up and know the meaning of kindness and love”, and I mean “love” as a gift of freedom and respect that I aspire to give to mankind trough a major reform of the educational system.

RÉFÉRENCES

Aoki, T. (1979). “Reflections of a Japanese Canadian: Teacher Experiencing Ethnicity”, dans Pinar, W.F. & Irwin, R. F., Curriculum in a new key. Mahwah, New Jersey: Lawrence Erlbaum Associates Publishers, pp. 333-348.

Bach, R. (1970). Jonathan Levingston Seagull, New York : Scribner, p. 96.

Barber, L. (1998). “Real Spirituality”, News and Views 5(98), McKenzie Study Center,, [http://www.mckenziestudycenter.org/theology/articles/realspir.html].

Bartlett, H. (1973). Jonathan Levingston Seagull, Paramount Pictures, 1h39.

Bégin-Caouette, O. (2011). “Valeurs des enseignants et pluralisme scolaire”, Revue canadienne de l’éducation, [sous presse].

Caouette, C.E. (1992). Si on parlait d’éducation. Pour un nouveau projet de société. Montréal: VLB éditeur.

Dictionary of American Family Names, Oxford University Press, 2003, p. 218.

Doerr, M. (2004). Currere and the Environmental Autobiography : A Phenomenological Approach to the teaching of Ecology, New York : Peter Lang.

Hasebe-Ludt, E, & Chambers, C. & Leggo, C. (2009). Life Writing and Literary Métissage as an Ethos for Our Times. New York : Peter Lang.

Huebner, D. (1966). “Curricular Language and Classroom Meanings” in Hillis, V. (Ed.), The Lure of The Transcendent, Mahwah, New Jersey : Lawrence Erlbaum Associates Publishers.

Huebner, D. (1974). « Toward a Remaking of Curricular Language », in Viki Hillis (Ed.), The Lure of the Transcendent, Mahwah, New Jersey: Lawrence Erlbaum Associates Publishers.

Huebner, D. (1999). « The Tasks of the Curricular Theorists », in Viki Hillis (Ed.), The Lure of the Transcendent, Mahwah, New Jersey: Lawrence Erlbaum Associates Publishers.

Kincaid, J. (1997). Autobiography of My Mother, New York, Plume, p. 240.

Pinar, F. (1995). Autobiography, Politics, and Sexuality: Essays in Curriculum Theory 1972-1992, New York: Peter Lang, p. 278.

Platon (2002). La République, Paris : Flammarion, p. 801.